La coalition « Diomaye Président » a tenu sa première assemblée générale ce week-end. Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, y a pris part et a réaffirmé son ancrage dans la coalition, alors que son parti, le PASTEF, se démarque de cette alliance qui avait soutenu sa candidature à la présidentielle de 2024.
- « Nous avons conquis le pouvoir avec vous, nous devons l’exercer avec vous. C’est cela la reconnaissance », a déclaré le chef de l’État.
Une rupture stratégique
Les frictions au sommet de l’État se font de plus en plus sentir. En consolidant la coalition « Diomaye Président », le président Bassirou Diomaye Faye pose un acte politique fort, et les supputations vont bon train sur la nature réelle de sa relation avec le Premier ministre, Ousmane Sonko.
L’enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint–Louis, Moussa Diaw y voit une stratégie visant à « préparer une autre coalition pour être prêt pour les prochaines échéances électorales, notamment les locales de 2027 et la présidentielle de 2029 ».
Ces actes politiques marquent, selon lui, une rupture stratégique visant à désintégrer le PASTEF et à l’affaiblir, afin de récupérer ceux qui sont plutôt proches de lui et d’ouvrir sa coalition de manière à être consolidée pour pouvoir faire face à toute éventualité politique.
Mais pour Moussa Diaw, cette scission « ne profite à personne, ni au Président, ni à Ousmane Sonko, encore moins aux Sénégalais ».
Les Sénégalais, estime-t-il, ont voté pour un programme, et le duo qui liait le président à Sonko était présenté comme inséparable pour le bien-être des citoyens et pour répondre à leurs aspirations.
Pour Moussa Diaw, la rupture est déjà actée du moins dans les discours politiques. Le problème maintenant, c’est de savoir comment cela va se traduire dans les faits, parce que « personne ne veut prendre l’initiative de la rupture », analyse-t-il.
Selon lui, le président Bassirou Diomaye Faye ne voudra pas rompre directement avec le PASTEF, d’autant que Ousmane Sonko en est le chef et dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. La majeure partie des députés lui est acquise.
Dans ces conditions, un bras de fer pourrait « paralyser l’État et faire entrer le pays dans une crise politique ».
Une cohabitation prudente
Malgré les tensions, le président et son Premier ministre semblent maintenir une cohabitation prudente. Moussa Diaw note que, même si au sein du PASTEF personne ne voulait d’une crise politique dans le parti, « la réalité politique les rattrape ». Selon lui, les deux camps vont tenter de gérer la situation « jusqu’à l’approche des élections ».
- « Je pense que la rupture va être consommée parce que chacun va se positionner. Laissons donc les Sénégalais juger en fonction des programmes et des discours politiques des uns et des autres », ajoute l’enseignant-chercheur.
Quelle incidence cette divergence entre les deux hommes au sommet de l’État pourrait-elle avoir sur la gouvernance du pays ?
Pour l’instant, estime Moussa Diaw, le système fonctionne encore. Malgré leurs divergences politiques, chacun tente de ménager l’autre.
Selon lui, même si des critiques à peine voilées existent, Ousmane Sonko s’est toujours plaint que le président n’applique pas les décisions ou propositions du projet PASTEF.
De son côté, Bassirou Diomaye Faye considère qu’en tant que chef de l’État, il dispose de tous les pouvoirs sur le plan institutionnel et que son Premier ministre ne suit pas toujours ses directives.
Malgré ces divergences, les deux hommes continuent toutefois de préserver les apparences en public.
- « Je ne sais pas jusqu’à quand cela va éclater », s’interroge Moussa Diaw.
Il souligne toutefois que les deux responsables sont conscients du danger que représenterait une crise ouverte pour les équilibres politiques et le fonctionnement de l’État.
Selon lui, « il ne peut pas y avoir un tiraillement entre les deux », et le dernier mot reviendra au Président Diomaye.
L’essentiel, conclut-il, est que ce duo puisse perdurer pour éviter une crise politique susceptible d’affaiblir le Sénégal et de plonger le pays dans l’incertitude.














